OM : le casse-tête des ventes, l'histoire d'un club qui brade ses talents

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L’OM et le marché, une histoire compliquée

C’est une énigme aussi épiée qu’un battle de fin de soirée : pourquoi l’Olympique de Marseille, géant du foot français, a-t-il autant de mal à vendre ses joueurs à bon prix ? Saison après saison, le refrain se répète. Paris, Lyon ou Lille envoient leurs produits maison s’afficher sur les meilleures vitrines d’Europe, ramassant des montagnes d’euros. Pendant ce temps, l’OM cède, solde, grince des dents et soupire devant les marchés de transferts. Plus qu’une tendance, c’est devenu une signature marseillaise qui interroge, exaspère – mais qui, surtout, mérite d’être décryptée.

Des ventes timides face à la concurrence

Posons les chiffres : depuis la saison 2017-2018, l’OM a vendu pour environ 180 millions d’euros de joueurs (Transfermarkt), soit bien loin de Lille (plus de 350 millions) ou Lyon (plus de 400 millions). Il n’y a pas que le volume qui cloche, il y a aussi la qualité des deals. Krzysztof Piątek, Moussa Dembélé, Lucas Tousart, Fodé Ballo-Touré… chez OL ou LOSC, chaque profil est vendu avec une plus-value nette. A l’OM, les départs sont plus souvent synonymes de pertes.

  • Exemple fort : Morgan Sanson, masterclass au club, part à Aston Villa en 2021 pour environ 16 M€. Peu d’impact en Premier League, mais côté marseillais, la plus-value reste modeste.
  • Autre cas frappant : Boubacar Kamara, pur produit du centre, part libre à Aston Villa en 2022 après des mois d’hésitation sur son contrat – zéro rentrée d’argent.
  • Florian Thauvin, Adil Rami, Valère Germain ou encore Hiroki Sakai ? Eux aussi ont quitté Marseille en fin de contrat, sans le moindre centime récupéré.

Bien loin des standards européens : Monaco vendait Aurélien Tchouaméni 100 M€ au Real, Lille refourguait Nicolas Pépé à Arsenal pour 80 M€… Le contraste est cinglant.

Pourquoi l’OM bloque dans la vente de ses joueurs ?

La question ne date pas d’hier. Voici les erreurs qui se répètent, année après année.

1. Recrutement à court terme = difficultés à la revente

Regarde le recrutement marseillais depuis l’époque McCourt : beaucoup de joueurs signés à 24-27 ans, souvent avec expérience, coûteux en salaire, mais pas forcément "bancables" pour les clubs européens qui cherchent du potentiel à valoriser. Cette politique pénalise la revente :

  • Peu de profils jeunes signés à bas coût, qui montent en valeur (ex: Kamara oui, mais il part libre...)
  • Des éléments au salaire surélevé, difficiles à refourguer sans leur faire prendre une décote majeure (Strootman, Radonjić, Luis Henrique…)
  • Manque d’anticipation sur les contrats : trop de joueurs laissent filer leur bail ou négocient en force la sortie

2. Une image "foire aux bonnes affaires"

Sur le marché, l’OM traîne la réputation d’un club vendeur sous pression. Les clubs acheteurs savent que le club doit vendre "pour équilibrer ses comptes", alors ils attendent la fin du mercato, font monter la pression, et récoltent des joueurs en promo. Les agents le savent, les concurrents aussi. Par définition, tu ne fais jamais un deal au top quand ça sent la braderie.

3. Contraintes économiques et pression du fair-play financier

Depuis la saison 2017-2018, l’OM est souvent épinglé par la DNCG et la FIFA sur la question des finances (L’Équipe). Besoin urgent d’équilibrer les comptes, volonté de réduire la masse salariale, contrats surdimensionnés : tout pousse à vendre vite, parfois n’importe comment. Ça ne laisse aucune marge de négociation.

  • En 2020 et 2021, le club vise des ventes de plus de 80 M€ pour rentrer dans les clous UEFA, mais se contente de 40-45 M€ en fin de mercato.
  • L’an dernier, seuls Pol Lirola et Duje Ćaleta-Car ont rapporté un vrai billet (environ 8 et 10 M€), dans un effectif qui aurait pu – sur le papier – générer bien plus.

4. Gestion sportive instable : l’effet de la valse des coachs et des projets

Changement constant de coachs, de directeurs sportifs, de stratégies : impossible de construire une politique de valorisation cohérente. Les joueurs une saison "bankables" deviennent indésirables la suivante, perdent de la valeur faute de temps de jeu ou sont désaccordés avec la philosophie du nouveau technicien.

Ce manque de stabilité, c’est la hantise des clubs-scouts étrangers : ils cherchent des valeurs sûres, des réussites suivies sur la durée. L’OM a du mal à mettre en lumière la progression de ses éléments, là où Lille valorise, Monaco bonifie, et Lyon propulse.

Ventes ratées, ventes manquées : zoom sur des cas emblématiques

Pour bien sentir le syndrome marseillais, impossible de ne pas revenir sur ces deals qui ont cassé la dynamique :

  • Michy Batshuayi – acheté 6 M€, vendu 39 M€ à Chelsea en 2016. La plus grosse vente du club, mais un cas unique depuis presque dix ans. Depuis, aucun joueur n’a dépassé 20 M€ à la revente !
  • Boubacar Kamara – évalué à 25-30 M€, finalement laissé partir libre (départ à Aston Villa, 2022). Le plus gros gâchis de valorisation récente.
  • Lucas Ocampos – prêté puis vendu à Séville pour 15 M€, là où d'autres joueurs du même calibre (Lozano, Chiesa) partaient pour des sommes deux-trois fois supérieures.
  • Kevin Strootman – acheté pour 25 M€, laissé libre de prêt un an plus tard, sans indemnité, à cause d’un salaire impossible à assumer.

Même les pépites internationales type Ćaleta-Car (à Southampton pour 10 M€) ou Kamara, ou des tauliers comme Mandanda, Sakai, Thauvin… n’ont pas rapporté ce qu’ils auraient pu avec une stratégie optimisée.

L’effet Ligue 1 : la faiblesse structurelle du championnat

Le mal dépasse parfois l’OM. La Ligue 1 reste un marché "à prix cassé" côté vendeurs, sauf pour les clubs qui ont fait de la valorisation de jeunes un axe stratégique (Lille, Monaco, Lyon). Problème pour l’OM : peu de jeunes lancés, beaucoup de "paris ratés", peu visibles sur la scène européenne (moins de C1, donc moins de vitrine), et un championnat qui n’a pas la réputation de la Liga ou de la Bundesliga pour la post-formation.

  • Entre 2010 et 2023, le classement UEFA de la Ligue 1 varie entre la 5ème et la 7ème place. Un Lyon qui joue la C1 ou un Monaco en demi-finale d’Europe expose bien plus ses joueurs qu’un OM fixé sur la Ligue Europa ou la Ligue Europa Conference.
  • La crise Mediapro et la baisse des droits TV de 2020-2024 ont réduit le pouvoir de négociation – le FC Porto ou l’Ajax peuvent dire non à une offre, l’OM doit souvent céder.

Des axes de progrès (mais des défis à relever)

  • Formation à renforcer : l’OM commence à intégrer des profils locaux (projets autour de la Castellane, des quartiers nord), mais peine à retenir ou valoriser ses jeunes (Kamara, Lopez, Aké… tous partis sans gros chèque).
  • Politique de recrutement à rajeunir : Les clubs qui vendent le mieux investissent jeune (Monaco, Lille) et forment eux-mêmes la valeur ajoutée.
  • Stabilité sportive : IL faut aussi garder un projet constant : difficile quand tu changes de coach chaque saison, d’inscrire un joueur dans la durée.

Le poids de la rue : l’OM entre l’attachement et la pression

Difficile de vendre bien quand toutes les parties veulent voir un vrai projet. À Marseille, la passion du public et des groupes de supporters met parfois la pression pour garder certains tauliers – mais râle aussi quand le club n’achète pas top. Les joueurs, eux, sentent cette vibe : certains prolongent pour la ville avant le club, d’autres partent libres pour prendre une prime à la signature.

La vérité, c’est qu’à Marseille, la vente d’un joueur, ce n’est jamais qu’un deal business : c’est entre la tête et le cœur, entre la réalité économique, la politique sportive, et le feu de la rue.

Ouverture : vers un renouveau dans la stratégie marseillaise ?

Après des années à galérer sur le marché, l’OM essaie d’inverser la tendance : Pablo Longoria mise sur des jeunes à fort potentiel comme François Régis Mughe, Bilal Nadir ou encore Emran Soglo. L'accent est mis sur la formation au centre RLD, et sur la détection dans le réseau urbain. Mais pour s’aligner sur les références Lille, Monaco ou Lyon, la route va être longue.

Vendre au bon prix, c’est tout un art : question de timing, de contrat, d’image, de storytelling. Pour que l’OM arrête de brader ses talents, il faudra une transformation profonde – et une vraie cohésion entre le terrain, le staff, les finances et l’ambition.

En attendant, les adeptes du club continuent d’espérer le jour où la Canebière saura enfin valoriser les siens à la hauteur de leur talent. Histoire d’offrir à la ville un nouveau terrain de jeu… plus rentable que celui des soldes.

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