Danse hip-hop : les coulisses des soutiens publics en France
La danse hip-hop, c’est d’abord une histoire d’énergie brute, de battles tout-terrain et de crews qui s’imposent sans rien demander à personne. Sauf que, depuis quelques ann...
Zesau, c’est une voix rauque, un regard froid, et surtout, une histoire. Membre fondateur de Dicidens avec Dinos Punchlinovic et Alino, Zesau s’est forgé une place à part dans le rap game français de la fin des années 90. Après avoir marqué les fans exigeants avec son style rugueux et ses récits sur le bitume, sa carrière solo a oscillé entre fidélité à la rue et discrétion médiatique. En 2024, il revient avec DEL, un projet que personne n’attendait vraiment, mais qui intrigue. Est-ce un vrai retour ? Ou juste une parenthèse de plus dans un parcours déjà bien rempli ?
Avant de parler de DEL, retour express sur le parcours du soldat Zesau. Dicidens, ce collectif sous-côté mais mythique, a posé en 1999 les fondations d’une nouvelle école du rap de rue. L’album HLM Rezidants (2001, Chronowax) fait encore référence : technique, écriture réaliste, ambiance cinématographique. Zesau développe alors une ‘plume de voyou cultivé’, loin des clichés mais toujours ancré dans la réalité.
Entre-temps, pas de buzz TikTok, pas de feat racoleur. Zesau incarne la fidélité à une ligne de conduite. Respecté par ses pairs – Alpha 5.20, LIM, Despo, des guests de niche – il reste pour beaucoup l’un des secrets les mieux gardés du rap français.
La sortie de DEL prend à contre-pied la tendance générale : dans un paysage rap où le turn-up domine, Zesau sort un album à contre-courant. Une prise de risque ? Plutôt une marque de constance. Mais pourquoi maintenant ?
Mais DEL, c’est pas que pour la nostalgie. Publié mi-2024 (Oxomo Music/Indépendant), l’album veut jouer la carte intime et brute, avec 14 titres où l’artiste alterne confidences, punchlines et schémas de rime acérés. À la prod, on retrouve des fidèles : A2H, Chapo et des beatmakers d’Europe de l’Est, ce qui apporte une couleur différente, parfois même inattendue.
Zesau reste fidèle à la recette, mais cette fois, il affine son propos. Sur “Récidive”, l’intro, l’artiste revient en mode guerrier, avec un flow grave, aucune place au hasard. Les prods sont brutes, parfois un peu rigides, comme pour rappeler l’ère 2000. Mais dès “Antidote” ou “Carbone”, on sent une évolution dans l’approche : basse plus profonde, drum kits plus modernes, mais écriture toujours aussi ciselée.
Le single “Ombres” claque avec un storytelling travaillé. À noter : pas de hit streaming évident, mais une cohésion et un ADN classique, qui fait la force de l’album.
Alors que le rap français s’internationalise, Zesau tient son cap et refuse les concessions. Là où certains anciens cherchent le buzz TikTok ou multiplient les featurings “algorithmés”, lui campe sur ses positions – pas question d’enjoliver le propos ou de faire de la pop urbaine. “Je ne fais pas la course au top, je fais la course au respect”, lâchait-il déjà en 2014 (interview Les Inrocks).
L’album DEL est donc un statement : le rap peut mûrir et vieillir sans trahir ses origines. Dans une ère où tout va vite, où la tendance d’un trimestre est déjà dépassée le suivant, Zesau joue la montre longue. C’est exigeant, parfois frustrant, mais authentique.
Pour Zesau, DEL n’est pas qu’un disque, c’est aussi la marque d’une carrière où rien n’a jamais été donné. Il trace sa route sans jamais s’égarer du terrain. Est-ce que ce projet changera la perception grand public ? Pas sûr. Est-ce que l’impact sur la scène rap va s’estomper ? Rien n’est moins certain. Plusieurs jeunes rappeurs (cf. Cenza/Le A, ou Kalash Criminel sur Insta) ont salué ce come-back en story, preuve qu’il nourrit encore la génération montante.
Le rap français a longtemps eu tendance à mettre de côté ses anciens pour ne jurer que par la nouveauté. Zesau prouve que la longévité passe aussi par l’intégrité. Son come-back, loin d’être anecdotique, rappelle que la force du rap ne tient pas qu’aux charts ou aux budgets pub. Elle se joue aussi sur la capacité d’un artiste à rester vrai, à travers les époques, sans perdre sa voix, ni sa vision.
Alors, Zesau signe-t-il "un vrai retour" ? Oui, mais à sa manière : pas pour rentrer dans la boucle, juste pour rappeler que la rue n’oublie jamais ses meilleurs conteurs. Le rideau n’est pas tombé… DEL marque peut-être l’ouverture d’un nouveau chapitre pour un pilier que beaucoup croyaient sur la touche.